Selon les données récentes du Service Nationale de la Santé en République Dominicaine rapportées par le journal dominicain Listin Diario en date du 18 juillet 2022, le nombre de nouveaux nés issus de mères haïtiennes enregistrés dans les centres hospitaliers avoisine 32 000 cas entre septembre dernier et le mois de juin de cette année. Ce chiffre représente plus de 30% du nombre total des naissances enregistrées en terre voisine. En effet, les femmes haïtiennes sont nombreuses à franchir la frontière pour se procurer des soins de maternité au sein des hôpitaux publics. Pour s’y rendre, certaines vont jusqu’à payer des dizaines de milliers de pesos pour s’offrir le service des réseaux de passeurs.
La faiblesse du système de santé haïtien et la précarité socio-économique des femmes constituent les deux raisons clés qui expliquent cette filière migratoire. Les hôpitaux publics de la République Dominicaine prennent gratuitement en charge les femmes enceintes haïtiennes. En revanche, beaucoup de voix au pays voisin s’offusquent du nombre de femmes haïtiennes enceintes prises en charge par le trésor public de ce pays. En 2021, cette situation avait abouti, rappelons-le, à des vagues importantes de rapatriement de femmes haïtiennes enceintes vers la frontière. Au cours du dernier trimestre de l’année écoulée, le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) en a reçu des centaines au niveau de ses structures d’accompagnement. Une femme allaitante séparée de son nourrisson a été reçue également à Belladère dans le Plateau central. Pour le mois de juin 2022, la République Dominicaine a rapatrié 32 femmes enceintes vers Haïti.
Selon les témoignages recueillis par le GARR, ces femmes, pour la plupart, ont été appréhendées au sein même des centres hospitaliers, puis incarcérées pour être enfin rapatriées vers la frontière dans des conditions indignes et irrespectueuses de leurs droits. En effet, elles ont subi maltraitances, attouchements sexuels et violences verbales de la part des agents de la migration dominicaine. Cette situation a été tellement révoltante qu’en novembre dernier, l’ONU a dû exiger des autorités de la migration dominicaine de surseoir sur les activités de rapatriement de femmes enceintes.
La plateforme de promotion et de plaidoyer pour les droits des migrant.e.s, GARR, tient à rappeler l’ensemble de ces faits pour attirer l’attention du grand public sur les éventuelles retombées migratoires que peut causer la résurgence et l’agitation de ce dossier. L’institution appelle les autres structures de défense des droits des migrants des deux côtés de la frontière à la vigilance. Aussi insiste-t-elle sur un devoir de solidarité envers cette catégorie vulnérable que sont les femmes enceintes.
En tout cas, les solutions pérennes et structurelles à cette situation ne peuvent venir que de l’État Haïtien. Le droit aux soins de santé fait partie des droits fondamentaux de chaque citoyen.ne. En ce sens, il appartient aux pouvoirs publics de mettre en place des infrastructures sanitaires standardisées au niveau des différentes zones frontalières du pays afin de garantir pleinement ce droit. Et plus globalement encore, il nous faut des politiques publiques efficaces et efficientes en vue de combattre la précarité socio-économique et de prévenir du même coup l’afflux des femmes haïtiennes enceintes vers la République Dominicaine.


