COMMUNIQUE DE PRESSE
Port-au-Prince, mardi 2 décembre 2025.- Le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) déplore profondément la mort de Stephora Anne-Mircie Joseph en République Dominicaine, une fillette haïtienne qui vient tout juste de célébrer ses 11 ans. Le drame est survenu le 14 novembre dernier à Hacienda Los Caballos lors d’une activité d’excursion organisée par son école, l’Institut Da Vinci. En ce moment douloureux pour ses proches, le GARR exprime sa solidarité envers la famille, partage sa peine et se joint à son cri pour obtenir vérité et justice autour de ce drame.
A l’heure actuelle, l’absence totale d’une enquête crédible, rapide, rigoureuse et rendue publique constitue un affront à la vérité et un manquement grave envers la famille de la victime et la société haïtienne toute entière. Dans ces conditions, le GARR ne peut, pour l’instant, avancer d’autres hypothèses que celle de la noyade. Mais cela ne saurait masquer l’essentiel : un enfant a perdu la vie dans une piscine destinée à accueillir une activité pour des enfants de son âge. Cet événement tragique met en lumière une négligence intolérable, une absence criante de mesures de prévention, et des défaillances graves dans la surveillance.
Ces failles, qui ne relèvent en rien du hasard, engagent directement la responsabilité de l’école et de l’institution Hacienda Los Caballos, dont le devoir premier était d’assurer la sécurité, la protection et la vigilance constante envers les enfants. Le GARR dénonce avec force la légèreté, l’imprudence et le manque de transparence démontrés jusqu’ici. Il est inadmissible qu’une telle tragédie survienne dans un lieu présenté comme sûr, et encore plus inacceptable que les institutions impliquées tardent à rendre des comptes.
En effet, selon les témoignages recueillis par AyiboPost auprès des membres de la famille, unanimement, ils s’accordent à reconnaitre que Stephora était une athlète, une elève brillante, désireuse d’apprendre et de partager avec les autres. Sa famille a voyagé en République Dominicaine en 2022 et, en seulement 3 ans, elle était devenue un modèle d’intégration et un symbole de fierté pour la communauté migrante et estudiantine haïtienne en République Dominicaine.
Stephora était une battante, elle avait réussi à s’adapter malgré le racisme et les harcèlements qu’elle subissait régulièrement à son école. Son origine haïtienne et sa couleur lui ont valu toutes sortes de moqueries de la part de ses camarades, a expliqué sa mère, Lovelie Raphael Joseph. Il n’est aucun doute que la fillette affrontait un environnement hostile dans son milieu scolaire, au point que sa mère était obligée de l’inscrire à une école de mannequinat pour renforcer son estime de soi.
Sans établir pour l’instant de lien direct entre le drame et les pratiques discriminatoires qu’elle subissait, une enquête étant en cours, le GARR appelle à une investigation sérieuse et rigoureuse autour de ce dossier où aucune piste ne doit être négligée. L’on dénonce aussi la prise de position tardive de l’établissement scolaire, qui n’a publié un communiqué qu’une quinzaine de jours après les faits, et dont le contenu s’apparente davantage à une opération de communication, à un exercice de façade, où la victime n’apparaît qu’en un seul paragraphe, comme si sa vie pesait si peu, et à aucun moment dans le texte les autorités de l’Institut Da Vinci n’ont fixé leurs responsabilités. Cette attitude est inacceptable, indigne d’une institution responsable. Le GARR le dit clairement : on ne couvre pas un drame, on l’affronte. La vérité doit sortir. La responsabilité doit être assumée.
L’institution de plaidoyer déplore aussi les propos des autorités dominicaines selon lesquelles l’institution Da Vinci n’aurait pas obtenu d’autorisation de la part des autorités de l’éducation du district pour réaliser l’activité. Le GARR tient à affirmer quelle que soit l’issue de l’enquête, il y a des irresponsabilités flagrantes à tous les niveaux. Il est inconcevable qu’une activité parascolaire spécialement organisée pour un petit groupe ait été planifiée avec autant de négligences : absence de permis de sortie ; absence de secouristes sur place ; absence d’équipe de supervision pour accompagner des élèves qui ont été emmenés dans une piscine pour adultes.
Face à l’ampleur de cette tragédie et le laxisme coutumier de l’Etat dominicain lorsqu’il s’agit de rendre justice aux ressortissants haïtiens, le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) a déjà adressé une correspondance au Ministère des Affaires Etrangères d’Haïti afin d’exiger une attention particulière à ce dossier, avec les recommandations suivantes : veiller à ce que cette enquête ne traîne pas ; s’assurer que les démarches judiciaires soient engagées avec impartialité, transparence et diligence ; garantir à la famille endeuillée un accès constant à l’information durant toute la procédure.
Par ailleurs, l’on dénonce le climat xénophobe et raciste dont sont victimes les migrants haïtiens en République Dominicaine. Les discriminations auxquelles Stephora faisait face résultent d’un discours de haine installé et entretenu au sein de la société dominicaine contre les migrants haïtiens. Stephora se faisait traiter de « vielle noire haïtienne », ses camarades de classe se moquaient de ses cheveux afro. Il est révoltant qu’une fillette de son âge ait affronté seule ces discriminations qui n’ont pas cessé malgré le fait que sa maman en ait informé la direction de l’école. Comment en est-on arrivé là ?
Le GARR réitère sa préoccupation face au climat xénophobe dans lequel vivent les migrants haïtiens en République Dominicaine et appelle les autorités dominicaines à condamner fermement les discours de haine et à garantir la protection de tous les enfants, quelle que soit leur origine et leur couleur de peau.
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