COMMUNIQUE DE PRESSE
Port-au-Prince, dimanche 8 mars 2026.- À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, célébrée cette année autour du thème ’’Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles’’, le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) déplore la détérioration de la situation des femmes en Haïti, notamment les femmes haïtiennes migrantes , les déplacées internes et appelle à un réveil collectif en vue de faire respecter les droits des femmes dans le pays et d’œuvrer activement au profit de l’égalité des sexes.
Confrontées à des situations de violences basées sur le genre (VBG) et de la précarité, présentement, beaucoup de femmes et de filles en Haïti peinent à survivre. Victimes de désastres naturels ou fuyant la violence des gangs, elles se sont retrouvées à la rue du jour au lendemain ou ont été contraintes d’abandonner leurs maisons pour se réfugier sur des places publiques, dans camps de déplacés, dans des abris précaires où la violence continue de les toucher. En effet, elles y subissent des viols, des violences psychologiques et sont privées de leurs droits fondamentaux et des services de base.
Selon l’OIM, le nombre de personnes déplacées internes en septembre 2025 s’élevait à près de 1.4 millions, dont plus de 50% sont des femmes et des filles. Pour bien saisir l’ampleur de la violence en Haïti à l’égard des femmes et des filles, l’on peut se référer à la déclaration choc de la coordonnatrice humanitaire des Nations-Unies en Haïti, Nicole Boni Kouassi, à savoir « tous les jours 27 femmes et jeunes filles subissent des violences basées sur le genre dont la majorité sont des viols, voir même des viols collectifs. ». 13 massacres ont eu lieu en 2025 dans le pays, l’on ne saurait dénombrer avec exactitude les femmes et les filles péries dans ces horreurs.
La migration massive des femmes haïtiennes vers l’étranger et les nombreuses violations de leurs droits fondamentaux recensées dans le cadre de leur mobilité s’expliquent, dans une certaine mesure, par la situation délétère sévissant dans le pays. A juste titre, un rapport de l’OIM publié sur le profil des migrants présents dans les flux des retours forcés en provenance de la République dominicaine en 2025 fait ressortir l’insécurité comme l’une des causes principales du départ des haïtien.ne.s vers la Dominicanie.
Les femmes et les mineures qui empruntent les voies irrégulières pour se rendre en territoire voisin sont plupart du temps victimes d’harcèlements ou d’agressions sexuelles et des abus multiples aux mains des réseaux de trafiquants. Parfois, elles payent le prix ultime. Le GARR rappelle en ce sens la décapitation récente d’au moins quatre (4) ressortissantes haïtiennes à la frontière des deux pays.
Les rapatriements massifs de personnes migrantes vers la frontière haïtiano-dominicaine, exposent au grand jour la vulnérabilité des femmes migrantes haïtiennes dans le processus des rapatriements. Avec le protocole sanitaire adopté par la République dominicaine en avril 2025 pour dissuader l’admission des femmes haïtiennes enceintes dans les hôpitaux en République dominicaine, un nouveau palier a été franchi dans la déshumanisation des migrantes haïtiennes et la traque aux femmes enceintes haïtiennes enceintes et allaitantes en République Dominicaine a été intensifiée depuis. En 2025, le rapport annuel du GARR fait état de 1057 femmes enceintes et de 3000 femmes allaitantes dans les flux de déportations. Des mères et des bébés ont perdu leurs vies avec la politique migratoire inhumaine, brutale et raciste adoptée par le pays voisin envers les femmes migrantes haïtiennes.
A la frontière Elías Piña/Belladère, le mercredi 25 février dernier, 5 femmes allaitantes accompagnées de leurs nourrissons y ont été expulsées de très tôt par la migration dominicaine, parmi un total de 195 personnes. Peu de temps après leurs accouchements, soit entre 4 et 10 jours, ces femmes ont confié avoir été arrachées de force sur leurs lits d’hôpitaux en République dominicaine, sans égard pour leur santé fragile et la vulnérabilité de leurs nourrissons. Ces mères allaitantes, accompagnées de leurs nouveau-nés, ont été ensuite transférées au centre de détention Haina. Là-bas, elles y sont restées pendant 2 jours dans des conditions horribles. Le froid, l’hygiène et la qualité de l’alimentation ont été déplorables.
Le GARR, profitant de la journée dédiée aux réflexions sur les droits des femmes, condamne une fois de plus les violences et les abus dont sont victimes les femmes migrantes haïtiennes. La plateforme de plaidoyer appelle au respect des droits des femmes migrantes et invite les autorités migratoires dominicaines à humaniser le processus des déportations, notamment en protégeant l’intégrité des femmes enceintes, les femmes allaitantes et leurs nourrissons et les mineures comme étant des groupes vulnérables. Il est nécessaire aussi que l’État dominicain brise la chaine de l’impunité en rendant justice aux victimes, les coupables doivent être punis.
Par ailleurs, l’institution interpelle l’État haïtien sur la nécessité de renforcer sa présence à la frontière pour garantir la prise en charge adéquate des femmes enceintes, allaitantes et les filles mineures expulsées à la frontière. Les femmes déplacées en Haïti méritent également une attention particulière du point de vue de la protection et des perspectives de réintégration sociale et économique. Aussi exhorte-t-elle les pouvoirs publics, en conformité au principe de l’égalité des sexes, de promouvoir les droits des femmes et de travailler à ce qu’ils soient effectifs. De cette façon, l’on peut garantir la chance aux femmes haïtiennes de vivre en toute décence dans le pays et qu’elles n’éprouveront pas le besoin d’aller risquer leurs vies dans des voyages irréguliers, vers un ailleurs incertain.
Le GARR réclame aussi une plus grande participation des femmes dans les sphères de décision politique. Les femmes ne doivent plus subir les inconséquences des actions du pouvoir politique, mais elles se doivent d’être parties prenantes des mesures qui pèsent sur leur devenir et le bien-être social. C’est la seule voie raisonnable vers une société inclusive, juste et prospère.
-FIN-


