En ce début du mois d’octobre marquant la commémoration des 89 ans du Massacre de Perejil, le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) se prosterne devant la mémoire de plus de 20 000 Haïtiens lâchement assassinés et appelle à la méditation. L’ombre de ce moment extrêmement troublant dans la mémoire collective des deux peuples insulaires, loin d’être un cauchemar du passé, continue de hanter profondément les rapports entre les deux pays.
À ce jour, ce massacre est frappé par une forme de tabou en République Dominicaine. Il n’existe pas vraiment de travail de mémoire systématique et binational visant à le documenter et à lui attribuer une reconnaissance mémorielle partagée. Le GARR demeure convaincu que cette page sombre de l’histoire insulaire doit être l’objet d’une rétrospection à des fins méditatives, mais aussi dans une logique de transmission commune.
Le racisme et la xénophobie observés à l’égard des ressortissants haïtiens en République Dominicaine sont des éléments structurants de l’anti-haïtianisme, qui se manifestent à travers les politiques migratoires à l’œuvre. De plus, laisser libre cours aux discours de haine, ainsi qu’aux menaces formulées et entretenues par des groupuscules d’extrême droite et paramilitaires, fait obstacle à tout apaisement. Or, grâce à un travail de mémoire commun et profond autour du trauma de 1937, l’on peut définitivement empêcher que ne se reproduisent d’autres tragédies du même genre.
La plateforme de plaidoyer invite en ce sens les autorités des deux pays, le monde académique et les structures de défense des droits humains de part et d’autre de l’Île à s’unir pour s’atteler à cet exercice mémoriel. C’est la seule voie vers l’établissement d’un climat de paix, des relations harmonieuses et fraternelles entre les deux peuples.

