COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Port-au-Prince, vendredi 11 septembre 2026.- Ce jeudi 10 septembre 2026, les services de l’immigration des États-Unis ont expulsé dans la soirée 82 ressortissants haïtiens au niveau de l’Aéroport du Cap Haïtien. Ces personnes migrantes ont vécu l’enfer pendant plus d’une demi-journée, les mains et les pieds liés à des menottes sur un long trajet et arrivent finalement au Cap Haïtien à plus de 7 heures de retard sur l’horaire initial. Le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) déplore ce traitement inhumain réservé aux personnes migrantes et dénonce ces changements à l’improviste portant atteinte aux besoins de protection de ces personnes.
Sous de fortes pluies, vers 19h05, le vol charter 6122 de Global X a finalement fait son atterrissage au niveau de l’Aéroport du Cap, avec à bord 82 passagers déboussolés et épuisés par le voyage, parmi lesquels une personne souffrante, une mère et un nourrisson. Le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) dénonce l’attitude cruelle et complètement irresponsable des autorités américaines qui refusent de traiter avec humanité les personnes migrantes et qui ne cessent de fragiliser leur situation en agissant en dehors des cadres de protection, dans le déni total de leurs droits fondamentaux.
Les autorités haïtiennes aussi refusent de jouer la carte de la franchise avec les autorités américaines, à savoir que la situation du pays est telle que l’on est incapable d’accueillir en toute dignité les personnes expulsées. Cette improvisation dans la planification des vols de déportation est sidérante et intolérable. Outre le décalage scandaleux de plus de 7 heures, l’ICE- au mépris des dispositions prises par l’Office National de la Migration (ONM) pour la réception de 71 personnes initialement annoncées- a jugé bon de gonfler ce flux en ajoutant 11 autres personnes migrantes, sans en informer l’ONM.
Cette planification désastreuse a considérablement accentué la vulnérabilité de ces personnes migrantes expulsées à l’Aéroport du Cap. On connait le niveau de vulnérabilité des personnes rapatriées nécessitant entre autres d’une prise en charge psychosociale, des repas chauds, des soins médicaux et des moyens de transport. Ce constat s’applique aussi pour les déportations qui se font au niveau de la frontière haïtiano-dominicaine. Les personnes migrantes, parmi lesquelles des enfants non accompagnés (MNA), des femmes enceintes et d’autres groupes vulnérables, y sont expulsées après 16 heures, en l’absence de toute structure d’accueil, en violation flagrante du protocole d’accord de 1999.
La situation survenue hier au Cap Haïtien confirme le bien-fondé du plaidoyer mené par les organisations de défense des droits des migrants, dont le GARR : le pays n’est pas prêt à recevoir de nouvelles vagues de déportations. En ce sens, le GARR invite l’État haïtien à initier des pourparlers avec les autorités américaines en vue de surseoir à ces opérations de déportations. De même, il encourage l’État haïtien à définir avec les États-Unis un protocole strict pour encadrer le processus de rapatriement, seule option pour pallier cette improvisation catastrophique.
Les conditions ne sont pas réunies présentement dans le pays pour un accueil digne des personnes expulsées. Outre un contexte socio-économique hautement préoccupant, les moyens mobilisés par l’État pour accueillir les ressortissants haïtiens expulsés sont manifestement inadéquats pour répondre aux besoins humanitaires immédiats, encore moins pour garantir leur réinsertion sociale et économique dans le pays.
Somme toute, le GARR exhorte les autorités américaines à respecter les droits fondamentaux des ressortissants haïtiens aux États-Unis, et interpelle l’Etat haïtien sur l’urgente nécessité de créer un climat de paix et de stabilité en Haïti. Cela permettrait de freiner les départs massifs des haïtiens vers l’étranger et favoriserait un retour ordonné et encadré des ressortissants haïtiens désireux de revenir s’installer dignement dans leur pays.
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Crédit photo : Gérard Maxineau/Miami Herald


